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Des ambitions, l’Organisation de l’unité africaine en a à la pelle. Mais la réalité a rattrapé nombre des 53 Etats qui la composent, mettant en péril la vision de leur collectif. Au point que ceux-ci peinent à s’entendre sur les principaux dossiers.

Unité et solidarité étaient les maîtres mots des fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), relayés en 2002 par son héritière, l'Union africaine. Construite sur une idée, rattrapée par la dure réalité, l'organisation a eu à essuyer des tempêtes au cours de ces 47 années d'existence. Les 53 États membres peinent encore à poser des actes collectifs.

Le 22 mai 1963, l’empereur d’Éthiopie, Roi des rois, Hailé Sélassié, accueille, à Addis-Abeba, 27 chefs d’État, pour la plupart désignés au lendemain des indépendances des ex-colonies françaises et britanniques. Des dirigeants qui ont décidé de mettre en sourdine leurs divisions pour présenter au monde un front uni. Car, déjà, lors de sa création, l’OUA est minée par des dissensions sur les objectifs de la future organisation et sur ses prérogatives.

Les révolutionnaires (l’Égyptien Gamal Abdel Nasser, le Ghanéen N’Kwame Nkrumah et le Guinéen Sékou Touré) s’opposent aux modérés (l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor), partisans d’une approche prudente de l’unité du continent. À l’issue de 48 heures de débats houleux, la charte de l’OUA est pourtant signée. Les pères fondateurs se sont mis d’accord sur le plus petit dénominateur commun : la libération complète du continent, notamment celle des pays lusophones encore sous le joug de la domination coloniale portugaise, de la Rhodésie, et la fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

Une année plus tard, lors du deuxième sommet, au Caire, les participants se mettent d’accord sur le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. C’est au nom de ce principe que l’organisation gère, en 1968, la première guerre fratricide dans l’un des États membres : le conflit du Biafra au Nigeria.

BIENVENUE AU CLUB
Le pouvoir central de Lagos est soutenu par l’organisation, même si, en coulisses, certains Etats, et non des moindres, prennent fait et cause pour les irrédentistes biafrais. C’est le cas de l’Ivoirien Félix Houphouët- Boigny. Le dogme de l'intangibilité des frontières s’accompagne d’un autre principe non écrit : la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat membre. La réaffirmation de ces deux principes aura pour conséquence de stériliser les débats sur la démocratisation du continent. La démocratie est un sujet tabou. Les droits de l’homme également. L’OUA est un club de partis uniques !

La vie de la toute nouvelle organisation va également être rythmée par les effets collatéraux de la guerre froide qui oppose, sur le continent, les deux grandes nations qui « dirigent » le monde : les États-Unis et l'URSS. Et c’est en Angola que Washington et Moscou croisent le fer. Tout naturellement, les alliés africains des deux grandes puissances s’affrontent sur le terrain diplomatique, dans l’enceinte de l’OUA. Les deux camps ne se font aucun cadeau. L'OUA évite de justesse l’implosion, en 1976, au plus fort de la guerre civile qui oppose en Angola le gouvernement marxiste d’Agostinho Neto aux rebelles prooccidentaux de Jonas Savimbi.

Les vieux diplomates se souviennent encore de cette longue nuit de débats violents, qui s’est soldée par un vote sans précédent : 22 pays soutiennent le pouvoir central de Luanda, tandis que 22 autres se prononcent en faveur des rebelles. La rupture est évitée de justesse, mais l’organisation va être le théâtre d’un nouveau bras de fer. Une autre question de décolonisation va empoisonner les débats et provoquer de nouvelles tensions entre membres.

L’indépendance du Sahara Occidental et l’admission de la république arabe sahraouie comme 51e membre de l’OUA, vont se traduire par la plus grave crise de l’organisation. En 1984, à Addis-Abeba, le Maroc décide de se retirer de l’organisation. Il faudra pratiquement attendre 20 années pour que l’OUA s’intéresse enfin aux questions économiques.

Dans les années 2000, la plupart des États sont criblés de dettes. La dette extérieure du continent, colossale, est estimée par les experts à 200 milliards de dollars. L’Afrique demande un assouplissement des conditions de remboursement et un rééchelonnement.

En 1991, dans la capitale fédérale du Nigeria, le sommet de l’OUA adopte un traité instituant la Communauté économique africaine. Prudents, les auteurs du traité d’Abuja avaient fixé une période de 34 ans pour parvenir à l’intégration économique du continent. Le projet restera lettre morte. La politique va reprendre ses droits. Le mur de Berlin est tombé. La bipolarisation du monde s’estompe. Mais les conflits armés demeurent.

Cette nouvelle décennie est marquée par l’émergence de la revendication démocratique. L’Afrique urbaine se manifeste et commence à réclamer la fin du parti unique. Certains États vacillent. Les soubresauts de la démocratisation ne rencontrent que peu d’écho dans l’organisation. Au nom du principe de la noningérence dans les affaires intérieures d’un État membre, l’OUA évite de se prononcer.

La fin de la décennie 1990 est aussi celle du désintérêt des puissances régionales pour l’OUA (Afrique du Sud, Nigeria, Algérie). Profitant de ce vide relatif, un homme, le colonel Mouammar Kadhafi, va s’engouffrer dans la brèche et s’imposer. Isolé sur la scène internationale, le bouillant colonel libyen va s’autoproclamer nouveau chantre du panafricanisme.

À grand renfort de dollars et d’effets de manches, le colonel Kadhafi va profiter du sommet de Lomé en 2000 pour modifier profondément une organisation qu’il juge inefficace et timorée. L’acte constitutif de l’Union africaine est adopté. La naissance de la nouvelle organisation sera célébrée en Zambie, à Lusaka, en 2001.

Les objectifs sont ambitieux et s’inspirent du processus de la construction de l’Union européenne. La nouvelle Union africaine (UA) se dote de plusieurs institutions : une commission, un parlement, une cour de justice, une banque centrale et un organisme de gestion des conflits (le conseil paix et sécurité), un conseil de sécurité à l’image de celui des Nations unies, mais sans droits de veto.

Une entorse au sacro-saint principe de la non ingérence dans les affaires intérieures des États membres est envisagée avec la mise en place d’un mécanisme de surveillance mutuelle. À grands renforts d’envolées lyriques, le NEPAD (Nouveau partenariat pour l’Afrique) est lancé. Ce système est censé attirer les investissements pour favoriser les infrastructures en Afrique. On parle de routes, de chemins de fer, d’interconnexions électriques. On parle de milliards de dollars disponibles. Mais le NEPAD se révélera être une coquille vide.

CHASSEZ LE NATUREL…
Au fil des sommets, le clivage originel entre les partisans des États-unis d’Afrique et les adeptes de la prudence, pour qui l’union passe d’abord par le renforcement des grands ensembles régionaux, se manifeste à nouveau. Géographiquement, c’est l’Afrique australe, emmenée par la puissante Afrique du Sud, qui s’oppose aux velléités unionistes du colonel Kadhafi. L’ancien président Thabo Mbéki bloque plusieurs textes proposés par la Libye.

Quelque 47 années après la création de l’Organisation de l’unité africaine, le virus de la division est toujours là. Les acteurs ont changé, le sigle également. Mais les lignes de fractures demeurent.

SAID LOUEDZIANE
SLOUEDZIANE@YUKONDALE.COM


Source : Impact
   
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