Perspective
 
Périple en demi-teinte
 

Il est une terre de contrastes perdue en plein milieu de l'océan indien. Culturellement à cheval sur deux mondes, mayotte se perd entre son image « carte postale » et ses réalités.

Ce n’est ni l’Afrique ni la France. Ou, au contraire, tout l’un et tout l’autre à la fois. Un croisement des cultures à la croisée des chemins ; une vision moderne cloisonnée dans les traditions d’autrefois. Telle est la Mayotte d’aujourd’hui, pareille à celle d’hier autant qu’elle l’est de celle de demain. Car rien ne bouge dans ce petit bout de terre immergée en plein milieu de l’océan Indien.

Mayotte, qui s’est détachée – bien malgré elle – de ses soeurs géologiques de l’archipel des Comores, vit au jour le jour. Tranquillement. Au rythme de ses habitants, de ses timides développements et des vagues qui, à force d’avoir consumé le lagon, s’attellent aujourd’hui à en lécher les plages.

Car ici, rien n’est semblable à ailleurs. Tout se fait et se calcule dans la demi-teinte. Comme si le territoire invitait secrètement – car cela ne doit pas se savoir – ses visiteurs potentiels à « lire » autrement ses cartes postales. Derrière elles, ceux-ci trouveraient alors, subtilement dissimulés en filigrane quasi-subliminal, une autre réalité.

Le gros problème de Mayotte ne lui est cependant pas unique. En fait, il concerne tout l’archipel, en prise avec le même mal, celui de l’environnement. En cause : récifs et lagons, barrières naturelles qui souffrent du temps et des forces que Dame Nature y engage. Paradoxalement, l’homme n’a que peu à voir avec ce drame écologique, celuici n’ayant, pour l’heure, pas encore marqué l’endroit de sa sinistre empreinte. D’ailleurs, Mayotte n’est pas Maurice. Et son tourisme, donc, ne concerne que peu son développement.

Un mal pour un bien, serait-on tenté de dire. Car ce faisant, le territoire reste encore imprégné de rusticité et de pittoresque. Une authenticité qui, au final, attirera pour beaucoup des voyageurs uniquement motivés par un indispensable retour aux sources, sous-entendu à celles du monde, dans leur plus simple expression. Débarqués en Petite-Terre, ceux-ci partiront alors à la découverte d’un territoire unique, à la faune et la flore endémiques.

L’AVENTURE COMMENCE
L’aventure mahoraise ne fait que commencer. Au programme : baignades et randonnées pédestres. Et, surtout, rencontres avec la population autochtone et ses traditions séculaires. Parmi les sites les plus convoités se trouvent le fameux lac de Dziani, dont on boucle le tour en un peu plus d’une heure, tout en prenant le temps de s’imprégner du sentiment d’immortalité émerge des paysages rencontrés. Le lagon, la forêt. La forêt, le lagon. Les regards se perdent dans l’horizon à n’en plus finir.

Deux heures et quelques kilomètres plus tard, les sacs-à-dos sont posés sur quelques rochers volcaniques. L’espace d’une baignade bien méritée dans les eaux tièdes de Moya.

Attention toutefois, car cette double baie, très connue des Mahorais, est placée sous haute protection. Et pour cause : elle accueille de nombreuses tortues de mer, venues y pondre en toute saison. Autant dire que le braconnage y est formellement interdit.

Beaucoup plus loin cette fois, les grandes terres. Passage à barge obligé. En fait, il s’agit là d’une sorte de bac naviguant une demi-heure en eaux peu profondes. L’aller ne coûte rien, contre à peine 75 cts (Rs 30 environ) pour le retour. Direction : Mamoudzou. C’est d’ailleurs en Grande- Terre que se trouvent la majorité des habitants.

Si de nombreux sites sont évidemment à conseiller aux touristes, quelques endroits demeurent néanmoins incontournables. Parmi eux : le marché de Mamoudzou. « Grand bazar » de ce qui est la ville principale, celui-ci est ouvert tous les jours. A la clé : un voyage gastronomique dans la pure tradition mahoraise.

Quelques îlots valent également le détour, certains offrant même la possibilité de nuits à la belle étoile, passées sur des bancs de sable d’un blanc immaculé. L’une d’elles, l’île de Mtamboro, est d’ailleurs devenue un lieu très visité. Plusieurs formules sont d’ailleurs proposées, dont l’une comprend le trajet en bateau, un repas local – préparé par les pêcheurs de l’endroit – et un cabotage d'îlot en îlot. Le tout pour un peu moins de Rs 1 000.

Dresser une liste des atouts de Mayotte s’avérerait aussi exhaustif qu’inutile. Rien de tel, ici, que la découverte. Un voyage dans un autre temps insufflé par les oeuvres perdues de quelques poètes oubliés.

DESTINATION... PRESQUE INCONNUE
Se rendre à Mayotte au départ de Plaisance n’est pas chose aisée. Inutile de tenter sa chance chez Air Mauritius. Idem – et c’est un paradoxe, l’île étant française – par Air France. Corsair, lui, offre la destination, avec, toutefois, une connexion via… Orly. Aller dans le nord pour retourner dans la région, avec une nuit passée à Paris, franchement, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. D’autant que l’aller-retour se négocie à prix d’or (plus de Rs 60 000). Fort heureusement, il reste Air Austral. Cette fois, la formule est plus simple. Voyez plutôt : le trajet coûte à peine Rs 24 116 (+ taxes). Il faudra néanmoins, à l’aller, rallier la Réunion, où le voyageur passera une nuit. Au retour, en revanche, c’est un vol direct Pamandzi-Plaisance.

INFOS PRATIQUES
Quelques bonnes adresses sont à retenir pour passer quelques nuits à Mayotte. Entre autres : d’abord, le Santal Logi, chez Taambati à Bouéni. Pour 25 euros la chambre, petit-déjeuner inclus, le dépaysement est garanti. Autre endroit à retenir : le Gîte du Mont Combani. Panoramas magnifiques au rendez-vous. Et pour cause, puisqu’il s’agit ici de chambres d'hôtes perchées sur les hauteurs de l'île. Enfin, notons encore le Cocolodge. Situé dans le nord de Mayotte, ce gîte fait également office de table d'hôtes. Il faudra cependant compter 40 euros la nuit pour deux personnes.

MICHEL JOURDAN
MJOURDAN@YUKONDALE.COM


Source : Impact
   
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