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La patience à l’épreuve
 

D’aucuns se plaignent de la lenteur au service des urgences (casualty), souvent même du mauvais traitement. Le gouvernement propose de nouvelles règles pour aplanir les difficultés. Les patients attendront-ils encore ?

Les urgences qui sont communément appelées « casualties » accueillent généralement les patients qui présentent un problème cardiaque et qui y seront répartis selon la nature précise de leur pathologie : infarctus du myocarde, maladie valvulaire et/ou vasculaire. S’y retrouvent aussi ceux qui ont subi des accidents de la route, sont dans un état comateux et qui ont ingurgité des substances nocives. Les cas d’agression et d’enfants malades y sont aussi référés. Mais l’attention preste que méritent tous ces patients fait souvent défaut.

En effet, le service des urgences est souvent surpeuplé. Selon un intéressé qui a voulu garder l’anonymat, en temps normal, les heures de pointe les jours de semaine se situent entre 11 h et 14 h. Dans la soirée, elles sont de 20 h à 23 h. Les samedis sans journée de courses ou match de foot, elles sont de 13 h à 21 h, sinon l’affluence pointe à 17 heures. Et les dimanches, si c’est en fin de mois, de 11 h à 14 h et en soirée de 18 h à 23 h.

MANQUE DE TOUT
On doit compter quotidiennement plus de sept personnes de garde aux unités des urgences, dont un Charge Nurse, quatre infirmiers et deux autres qui font les heures supplémentaires. Il y aura aussi un ou deux auxiliaires et deux étudiants. La nuit, le personnel est réduit à un Charge Nurse, deux infirmiers et un auxiliaire ou un étudiant. Ce qui permet pendant les heures de pause à deux d’entre eux d’aller se reposer et deux autres d’assurer la suppléance.

Infirmier depuis presque une dizaine d’années, Samuel (nom fictif ) a travaillé dans les urgences. Selon ce dernier, le gros souci des urgences est l’espace restreint sans oublier le manque d’équipements et de personnel.

« Si nous avons trois cas différents, nous sommes perdus. Par exemple, il faut faire des analyses, un lavement ou des radios. Il y a aussi le fait que certains médecins sont postés aux urgences alors qu’ils n’ont pas l’expérience requise. Certains ne sont pas en mesure de donner des directives sur le service où orienter le patient », déplore ce dernier.

Et les patients sont souvent pressés. « Ils ne veulent jamais attendre et se plaignant de l’odeur qui y règne », dira Samuel.

Par ailleurs, il est souvent reproché aux infirmiers d’être impolis envers les patients. Mais, à en croire Samuel, la situation ne serait pas de tout repos pour eux. « Nous avons souvent affaire à des ivrognes, des drogués ou d’autres qui lancent des jurons sans se soucier des femmes ou des enfants. Les ivrognes font souvent du désordre le soir et les week-ends. Beaucoup d’entre eux viennent les dimanches pour se faire admettre afin de ne pas aller travailler le lendemain », dira-t-il. Et le comble, selon lui, est que certains patients qui ont une petite connaissance de la médecine remettent en question le traitement et les médicaments reçus.

Le manque d’équipements est aussi criant. Ainsi, a-t-on appris, les masques utilisés pour traiter les asthmatiques ne sont que rarement remplacés. Il y a aussi le fait que des seringues sont des fois défectueuses. Et certains infirmiers sont souvent réticents à l’égard des patients, comme ceux atteints du VIH/ sida. « Les infirmiers ont peur de les traiter parce que les équipements ne sont pas appropriés », devait déplorer Samuel.

Le service des urgences est aussi affecté par des différends d’ordre relationnel. Ceux-ci seraient même très courants chez le personnel médical et paramédical et seraient fondés, selon Samuel, sur des motifs politiques. D’où la cause de l’absentéisme dans un service si sensible. Et autre facteur qui affecterait celui-ci : un manque de respect à l’encontre du personnel médical et paramédical.

Il est attendu que le problème logistique sera réglé, par exemple à l’hôpital Dr Jeetoo qui est en cours d’extension. Car transporter, par exemple, un patient cardiaque des urgences au bloc de l’Intensive Care Unit (ICU) n’est pas une sinècure, fera ressortir Samuel.

A noter que nous avons envoyé un fax au ministère de la Santé, vendredi aprèsmidi, à la suite d’une conversation téléphonique avec la secrétaire du ministre. Il s’agissait d’avoir la version du ministère de tutelle sur la situation aux urgences. Mais, en dépit de plusieurs appels, on n’a obtenu aucune réponse.

 

LES RENDEZ-VOUS REVUS
Afin de diminuer la pression sur le système hospitalier, le cabinet ministériel qui a siégé la semaine dernière a décidé de mettre sur pied le Staggered Appointment System. Le ministère de la Santé et la Qualité de la vie mettra en application ce système de rendez-vous à partir du 1er septembre 2010. Les rendez- vous des patients seraient décalés entre 8 h 30 et 11 h 30 pour les sessions du matin et entre 12 h 30 et 15 h 30 pour les sessions de l'après-midi. Selon le ministère, au lieu de donner des rendez-vous aux heures fixes comme c’est le cas actuellement, ce nouveau système permettra aux hôpitaux de désemplir. Car certains patients viennent dès 7 h du matin pour les rendez-vous qui leur seront fixés à 9 h ou d’autres qui viennent dès midi pour leur rendez-vous de 14 h. Le ministère de tutelle effectue dès la semaine prochaine une campagne d'information et d'éducation pour sensibiliser le public aux avantages de ce nouveau système.

MAUVAIS SÉRUM
Mary Ann est une habituée des urgences. Souffrant d’hypertension, elle est souvent transportée à l’hôpital pour des soins, même aux petites heures du matin. Elle se souviendra du jour où elle y est partie à cause d’une forte poussée de tension. « On est arrivés à l’hôpital à 2 h 30 du matin. Après que le médecin m’a auscultée, on a pris ma tension et je suis retournée voir le médecin. Il a prescrit qu’on me mette sous sérum. »

Elle poursuit : « J’ai été dirigée vers une salle où j’ai dû m’allonger. On voyait le sérum couler trop lentement, mais les infirmiers m’ont laissée. Il a fallu que j’attende qu’ils reviennent après une trentaine de minutes pour constater que la valve était fermée. On l’a ouverte et une heure plus tard, le médecin est venu pour constater qu’on m’a injecté le mauvais sérum », déplore cette dernière.

Après le changement de perfusion, elle attendra une heure encore pour qu’on vérifie sa tension et elle rentra chez elle vers 6 heures du matin. Comme elle, en plus de devoir attendre, on se trompe aussi d’équipement, et c’est une expérience partagée par plusieurs autres personnes.

 

GÉRALDINE BAIJOO
GBAIJOO@YUKONDALE.COM


Source : Impact
   
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